Publié par : Fabien | février 2, 2008

Jonathan Strange et Mr Norrell

strangeetnorrellIl y a quelques années de cela, j’avais une petite tradition, celle de m’avaler un bon gros pavé littéraire pendant l’été. Le temps est donc passé, et je dois l’admettre, j’ai pendant un certain temps réduit énormément mes lectures. Cette année est donc le renouveau de la tradition avec Jonathan Strange & Monsieur Norrell.

Il y a des siècles de cela, du temps où la magie existait encore en Angleterre, le plus grand magicien de tous était le roi Corbeau. Enfant d’homme élevé par des fées, le roi Corbeau mêla sagesse féerique et humaine raison pour fonder la magie anglaise. En 1806, année où commence le roman, il n’est plus guère qu’une légende. L’Angleterre est gouvernée par un roi fou, Lord Byron bouleverse les mœurs autant qu’il révolutionne la poésie, les guerres napoléoniennes ravagent le pays… et plus personne ne croit à la pratique de la magie. Or voici que Mr Norrell, le reclus de l’abbaye de Hurtfew, lance un défi aux magiciens théoriciens qui pullulent dans le pays : il prouvera qu’il est le seul véritable magicien du pays. Dans une scène éblouissante, il prête parole et mouvement aux statues de la cathédrale d’York. La nouvelle du retour de la magie en Angleterre se répand jusque dans les frivoles salons londoniens. Pédant, prétentieux, Mr Norrell devient pourtant la coqueluche de la noblesse londonienne. Mais lui veut davantage : aider le gouvernement dans sa guerre contre Napoléon. Il bloque les Français en rade de Brest grâce à une immense flotte anglaise composée de navires nés de la pluie, et dote les côtes britanniques de charmes protecteurs.
Aider le royaume d’Angleterre n’est pas l’unique obsession de Mr Norrell. Car il veut aussi, et surtout, éliminer tout rival possible. C’est compter sans la prophétie : Deux magiciens paraîtront en Angleterre. Le premier me craindra ; le second de me voir brûlera. Et bientôt il croise sur son chemin un brillant jeune magicien, Jonathan Strange. Ce dernier est charmant, riche, un brin arrogant, mais imaginatif et courageux. Mr Norrell, séduit, le prend pour élève. Ensemble, ils éblouissent le pays de leurs exploits. Mais leur association tourne vite à la rivalité…
Plus de deux millions d’exemplaires vendus à ce jour, prix Hugo, prix Locus du premier roman, BookSense du roman de l’année, roman de l’année du Time Magazine, traduit dans dix-sept pays, bientôt adapté au cinéma par les studios NewLine, Jonathan Strange & Mr Norrell, publié sous deux couvertures différentes (soit noire, soit blanche) est un phénomène. (amazon.fr)

Je ne suis pas critique littéraire comme vous le savez, déjà que mes critiques ciné et tv par moment laisse un peu à désirer (cela s’explique par le fait que des fois, ou même régulièrement, y a des trucs qui nous gonflent et que nous, à Critictoo, des fois ça nous fait chier d’écrire surtout quand on en a pas trop envie, mais on le fait quand même). Mes genres de prédilections sont la SF et le fantastique, ce qui ne m’empêche pas de lire de tous les styles, mais je reviens toujours à ses deux genres. La Fantasy, qui pour ceux qui l’ignorent, n’est pas de la SF, ce n’est pas un genre que je lis fréquemment. Pas que je n’aime pas, c’est juste que beaucoup d’œuvres dans ce genre me semblent être des resucées du Lords des anneaux ou bien, ça ne m’attire pas, tout simplement. Norrell et Strange, ça m’a attiré l’œil, un gros pavé noir comme ça, bien mis en avant, on a envie de le toucher. Après quelques renseignements pris, j’ai découvert que le livre a fait un carton in England et qu’il avait reçu beaucoup d’éloges, mais je ne l’ai pas acheté. J’en ai un peu parlé avec Carole, mais sans plus. Voilà qu’un jour, elle revient de la médiathèque et le sort difficilement (très difficilement, car c’est gros quand même), de son petit sac, en avouant avoir déjà eu du mal à le faire rentrer.

Me voilà parti dans les 850 pages qui allaient rythmer la semaine et demie qui allait suivre. Ce n’est pas le livre le plus envoûtant que j’aurais lu, mais j’avais envie de le finir vite. C’est bien écrit, pas de doutes. C’est bien documenté aussi. Il ne faut pas détester ne pas avoir de réponses, être laissé dans le mystère, sans indices. En fait, il y a plusieurs personnages dont l’utilité ne sera justifiée que très tardivement. Susanna Clarke prend son temps, et même, elle le prend trop. J’ai plus d’une fois ressenti de la frustration, et l’arrivée de Jonathan Strange (trop tardive), va permettre de redonner de la motivation. La frustration sera toujours présente, et va même s’amplifier à mesure que la fin se profile. Je suppose que l’on pourrait appeler ça du suspens. Mais je n’en suis pas sûr. De toute façon, cela fait longtemps que l’on a fait fi de ce sentiment, il ne faut pas s’y arrêter, et je pense que John From Cincinatti a aidé. Grâce à cette série, vue en partie pendant ma lecture, j’ai appris à ne pas chercher de réponses là où elle ne serait jamais, et surtout j’ai appris à faire comme si de rien était. Ça a aidé, je pense, enfin, pour la frustration.

La fin ne déçoit pas et résout beaucoup tout en restant ouverte. Une fois que l’on a touché notre but, c’est-à-dire, une fois que notre lecture est terminée, on ne peut que se rendre compte qu’avec 200 pages en moins (au minimum), l’histoire ne serait pas différente. Le plus gros défaut, et je l’ai vu dès le premier tiers, c’est qu’il manque indubitablement un souffle épique à cette œuvre. De plus, les personnages ne sont pas franchement attachants, Norrell en tête.

Bref, ça a été mon pavé de l’été, et Carole va bientôt s’y lancer aussi, une fois qu’elle aura terminé son histoire d’impératrice chinoise. Elle vous en parlera surement. J’ai quand même bien aimé le lire, mais il est peu probable que je le relise, déjà que je ne relis pas beaucoup de livres… Un chef-d’œuvre ? Non, certainement pas. À savoir s’il va avoir un impact sur son genre littéraire, j’en doute aussi. Malgré ce que l’éditeur voudrait nous faire croire, Strange et Norrell ne sera pas le nouveau Seigneur des Anneaux, car pour info, il n’y en aura jamais qu’un seul. Un chef d’œuvre n’a pas besoin d’être remplacé, car de toute façon, il n’y a que les publicistes et les éditeurs qui le veulent, ce remplacement.


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